Avignon-Babylone - Frédéric Mistral

Mais soudain, tel qu’un rideau de théâtre

Qui en aval se tire à l’horizon,

Les arbres du rivage et les collines,

Tout va diminuant pour disparaître

Devant un colossal entassement de tours

Que le soleil couchant enflamme et peint

De splendeur royale, de pourpre splendide.

C’est Avignon et le Palais des Papes !

Avignon ! Avignon sur sa Roque géante !

Avignon, la sonneuse de la joie

Qui l’une après l’autre élève les pointes

De ses clochers tout semés de fleurons :

Avignon, la filleule de saint Pierre,

Qui en a vu la barque à l’ancre dans son port

Et en porta les clés à sa ceinture

De créneaux ; Avignon, la ville accorte

Que le mistral trousse et décoiffe

Et qui, pour avoir vu la gloire tant reluire,

N’a gardé pour elle que l’insouciance !

Les bras se dressent tous ; et l’équipage,

Les passagers, admirent Babylone

(Ainsi que la nommèrent les Italiens jaloux).

 

Publié en 1897 dans le recueil Le Poème du Rhône

Portrait de Frédéric MistralFrédéric Mistral, figure incontournable de la littérature provençale, a consacré sa vie à la défense et à la célébration de la langue d’oc. Né en 1830 en Provence, il a redonné ses lettres de noblesse au provençal à travers ses œuvres, dont Mirèio, qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1904. Dans Avignon-Babylone, il brosse un portrait fascinant de la cité des papes, entre grandeur historique et effervescence populaire. Il y dépeint une Avignon vibrante, à la fois spirituelle et terrestre, où les fastes d’antan résonnent encore dans ses ruelles et sous ses ponts. Avec son style lyrique et authentique, Mistral nous transporte au cœur d’une Provence vivante et intemporelle, fidèle à ses traditions mais toujours ouverte au monde. Son œuvre demeure une référence incontournable pour tous les amoureux du Sud et de sa culture.

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