La rue des Teinturiers - Paul Manivet
C’est la fraîche oasis du rêve et du mystère
D’où monte la prière, où pleure le regret.
Là, le silence et l’ombre offrent leur double attrait
À qui porte un secret dans l’âme et veut le taire.
Le flot bleu de Vaucluse au canal transparaît,
La roue en s’égouttant l’éparpille par terre
Donne de la fraîcheur à la chapelle austère ;
Le pénitent se trouble à ce charme indiscret.
Au pied de cette tour que l’ogive décore,
L’âme de Laure rôde, et nous attire encore.
L’eau vient baiser les bords où reposa sa chair.
C’est ainsi que, malgré la course et son épreuve,
La Sorgue filiale, à qui ce nom est cher,
Se souvient de sa source en tombant dans le fleuve.
Publié en 1913
Paul Manivet, poète attaché à sa terre natale, a su capturer l’âme d’Avignon à travers ses écrits. Profondément inspiré par l’histoire et l’atmosphère de la cité papale, il met en lumière ses ruelles pittoresques et ses lieux emblématiques. Dans La rue des Teinturiers, il évoque avec nostalgie et tendresse cette artère chargée de souvenirs, où le clapotis de la Sorgue accompagne encore le murmure du passé. Entre les roues à aubes et les façades anciennes, il ressuscite l’époque où artisans et teinturiers animaient ce quartier vibrant. Son style, à la fois simple et évocateur, témoigne de son attachement à Avignon et à ses trésors cachés. Grâce à ses vers, Manivet nous invite à flâner dans cette rue empreinte de poésie, où chaque pierre semble raconter une histoire.