Les poèmes de Provence - Jean-François Victor Aicard

Vignes du Languedoc, oliviers des Alpilles,

 

Toi qui dresses si haut ton front neigeux, Ventoux,

 

Alpes du Dauphiné, forêts, monts et collines,

 

Dans la plaine à vos pieds, que regardez-vous tous ?

 

 

Les pics et les coteaux, les vignes et les chênes,

 

Étageant leurs gradins en cercle à l’horizon,

 

Regardent au milieu des mûriers, dans les plaines,

 

Près du Rhône qui luit, la hautaine Avignon.

 

 

Avignon a des murs du temps des épopées,

 

Dentelées de créneaux par où les vieillards blancs,

 

Tout en pleurs, regardaient les rudes coups d’épées,

 

En dressant vers le ciel muet leurs bras tremblants.

 

 

Le Moyen-Age grave et sombre vit encore

 

Dans son enceinte ovale où se dressent les tours

 

Des Jaquemarts debout dans leur clocher sonore,

 

Flèches, porches, palais, dômes aux noirs contours.

 

 

Aux faîtes les plus hauts et dans chaque lézarde,

 

Des fleurs mêlent leur grâce aux festons du granit,

 

Et même le figuier sauvage s’y hasarde

 

Au ppied noueux duquel l’hirondelle a son nid.

 

 

Ici c’est le palais tortueux et sévère

 

Des papes qui trônaient plus puissants que les rois ;

 

Là, l’église des Doms, et, devant, son Calvaire

 

Où se dresse un grand Christ en pierre sur sa croix.

 

 

Le crucifié triste est debout à mi-côte

 

du Rocher, mamelon riant de pins planté :

 

Une place au sommet ; sur cette place haute

 

Un Jean Althen de bronze, orgueil de la cité ;

 

 

 

Car c’est sous cet azur de clémence, que pousse

 

La garance, couleur de la vie et du sang.

 

Oh ! le divin pays, où la langue est si douce

 

Sur les bords enchantés du Rhône si puissant !

 

 

Avignon resplendit dans un passé de gloire ;

 

Pétrarque à son nom seul m’apparaît et sourit,

 

Et son présent est beau de garder la mémoire

 

Du parler des anciens dont un mot m’attendrit.

 

 

Ô félibres, salut ! Salut, ô Roumanille ;

 

Chanteur de la grenade entrouverte, Aubanel ;

 

On sait que votre accent donne à la jeune fille,

 

Étant fait pour l’amour, un sourire éternel

 

 

Et toi Mistral, au nom prédestiné ; félibres,

 

Vos voix ont dominé, si douces cependant,

 

Le Rhône et son mistral qui, sauvages et libres,

 

Sur les ponts d’Avignon se brisent en grondant !

 

 

Coteaux du Languedoc, Alpines, monts et chênes,

 

Qu’écoutez-vous, penchés en cercle à l’horizon ?

 

Les monts et les forêts écoutent dans les plaines,

 

Près du Rhône qui luit, la chanteuse Avignon.

 

 

Publié en 1874 dans son recueil “Les Poèmes de Provence”

Portrait de Jean François Victor AicardJean-François Victor Aicard, né en 1848 à Toulon et mort en 1921 à Paris, était un écrivain et poète français profondément attaché à la Provence. Il a marqué la littérature régionale par ses œuvres célébrant les paysages, les traditions et l’histoire de sa terre natale. Dans son recueil « Les Poèmes de Provence », il évoque avec passion des lieux emblématiques comme Avignon, ses remparts et son riche patrimoine culturel. Aicard était également un défenseur de la langue provençale et un ami de Frédéric Mistral, avec qui il partageait cet amour pour la région. Son style, à la fois lyrique et imagé, capture l’âme de la Provence, mêlant réalisme et romantisme. En plus de ses poèmes, il a écrit des romans et des pièces de théâtre, contribuant à faire rayonner la culture provençale bien au-delà de ses frontières.

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