La tempête apaisée - François Mauriac
Caresse maintenant les océans calmés.
Mouette au sage cœur qui ne t’es pas enfuie
D’une chair triste en proie aux péchés bien-aimés.
De leurs perfides nœuds, mes mains faibles délie.
Et conjure à jamais le dangereux ennui
De traverser tout seul le sommeil et la nuit
Quand mon rire emplissait de chaudes matinées.
Je savais moins aimer quand j’étais moins amer.
Aujourd’hui, je resonge aux fautes pardonnées.
Et mes yeux, dites-vous, ont le goût de la mer.
Accueille-moi, cœur d’ombre, où tout péché s’efface.
J’oublierai les prénoms que tu ne peux entendre.
La vieille cour étouffe de lys ; la terrasse
Est brûlante où j’aimais à quinze ans de m’étendre
Pour braver le soleil comme la mort en face.
Tu t’étonnes du ciel liquide et de ses signes ;
Les dos sombres des bœufs vont émerger des vignes
Et le bouvier adolescent qui les ramène.
Humble et majestueux, les pieds nus et paisibles.
Dénude, face au ciel, sa fauve argile humaine.
Et propose au soleil sa poitrine pour cible.
Date de publication inconnue
François Mauriac, figure incontournable des lettres françaises, est souvent associé à ses romans introspectifs et ses réflexions morales. Pourtant, derrière l’académicien et le Prix Nobel de littérature, se cache aussi un poète. Bordelais de cœur et de plume, il a grandi au milieu des paysages de vignes et de landes, qui imprègnent ses écrits d’une atmosphère si particulière. La tempête apaisée révèle cette sensibilité à la nature, cette quête d’apaisement après la tourmente, un écho à ses thèmes favoris : la lutte intérieure, la foi, la rédemption. Si sa poésie est moins connue que ses romans, elle n’en demeure pas moins évocatrice, teintée de cette mélancolie propre à l’homme qui, toute sa vie, oscilla entre le tumulte des passions et la sérénité tant espérée. Mauriac, c’est Bordeaux dans toute sa complexité : lumineux et tourmenté, austère et sensuel, toujours habité par la grandeur du verbe.