Le marché de la Madeleine à Bordeaux - Catulle Mendès

Debout ! le soleil caresse nos draps.

Que ne suis-je né près de Mytilène !

Allons respirer l’odeur des cédrats

Au marché qu’on tient à la Madeleine.

 

J’ai rêvé d’un grand château dans la plaine.

Nous étions (hélas ! tu me comprendras !)

Moi, l’hôte d’un soir, vous, la châtelaine.

Debout ! le soleil caresse nos draps.

 

Nous voyagerons lorsque tu voudras !

Nous irons en Grèce, au pays d’Hélène

Dont les bras étaient moins beaux que tes bras.

Que ne suis-je né près de Mytilène !

 

En Chine où les tours sont de porcelaine,

Dans l’Inde où la noire a sous le madras

Des cheveux crépus comme de la laine,

Allons respirer l’odeur des cédrats.

 

Mais ce n’est qu’un rêve et tu t’en riras !

Allons acheter de la marjolaine,

De la marjolaine et des gobéas

Au marché qu’on tient à la Madeleine !

 

Date de publication inconnue dans son recueil Philoméla

Portrait de Catulle MendèsCatulle Mendès, poète, romancier et critique du XIXe siècle, était une figure incontournable du mouvement parnassien. Né en 1841, il se passionne pour une poésie rigoureuse, où la forme et la musicalité occupent une place centrale. Dans Le marché de la Madeleine à Bordeaux, il s’éloigne de ses vers souvent sophistiqués pour peindre une scène de vie animée et colorée. À travers ce poème, il capture l’effervescence du marché, les éclats de voix, les senteurs mêlées et l’énergie vibrante du quotidien bordelais. Mendès avait une plume caméléon, capable de passer du lyrisme le plus pur à des scènes de vie plus concrètes. Son œuvre, bien que parfois éclipsée par celles de ses contemporains comme Leconte de Lisle ou Heredia, demeure un témoignage riche du goût pour la beauté formelle et l’observation minutieuse du réel.

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