Vous savez que le vin des anges… - Jean de La Ville de Mirmont
Vous savez que le vin des anges
Peut seul flatter notre gosier.
Au lieu d’aller à vos vendanges,
Asseyons-nous sur nos paniers.
Vos jeux nous restent lettre morte ;
Votre amour nous est un affront.
Fumons la pipe au seuil des portes
Et vers l’azur faisons des ronds.
Nous voulons vivre dans les marges ;
Il ne faut pas nous déranger.
Promenons-nous de long en large
Et sifflotons des airs légers.
Date de publication inconnue dans le recueil Attitudes
Jean de La Ville de Mirmont, poète bordelais au destin trop bref, capture dans Vous savez que le vin des anges… une insouciance teintée de mélancolie. Héritier d’une ville où le vin est roi, il en fait un symbole de liberté et de contemplation. Né dans une famille bourgeoise, il se détourne des conventions pour suivre son propre chemin, préférant les rêveries aux ambitions tracées d’avance. Son écriture, simple et musicale, évoque le refus des contraintes et le plaisir des instants suspendus, où la fumée des pipes se mêle à la douceur de vivre. Disparu trop tôt pendant la Première Guerre mondiale, il laisse derrière lui une poésie élégante, empreinte d’ironie et de détachement, où Bordeaux reste toujours en filigrane, avec ses quais, son vin et son esprit frondeur.