Dijon a son grain d'or - Jean-Michel Bollet
Dijon a son grain d’or et le chanoine Kir
Accorda son nom à son célèbre breuvage
Qui ne provoque pas l’identique esclavage
Vu sur une planche à mille clous d’un fakir.
D’or la côte a l’hôte au nez qui sent la moutarde
Et les Nuits-Saint-Georges, Givry, Chablis, Pommard
Donnent tant à ses joues le rouge du homard
Qu’un Parisien à l’œil éteint sur lui s’attarde.
Il n’est pas facile d’habiter à Dijon
Dont le nom est déjà tristement ridicule
Et qui ne possède pas le moindre édicule
Pour passer une envie de sortir son goujon
Il est plus aisé de s’enivrer à Toulouse
De l’air de la Garonne où nagent des poissons
Savourant dans ses eaux les meilleures boissons
Qui rendent la cité dijonnaise jalouse.
Fuyons le vieux Dijon, fuyons le Bourguignon,
Mais pour autant n’allons pas émigrer à Lille
Qui comme Roubaix et Tourcoing est une ville
Où la bière n’est pas l’amie du Sauvignon.
Non et si l’escargot se plaît dans la Bourgogne
C’est qu’il traîne et prend son pied sur le cep noueux
En bavant sur la feuille au ras d’un sol boueux
Près du grain de raisin qui rougira la trogne
Quand il deviendra vin des mignons Girondins
Qui apprécient aussi créa, cèpe, lamproie
Alors que le gourmet Marseillais est la proie
De son appétence aux mulets et aux grondins.
Mais revenons à nos moutons blancs dont la laine
Fut peut être cardée sur la place d’Arcy
Par les Bourguignons aux joues rouges dont l’haleine
Troue le nez tout aussi sensible qu’endurci
Et ira se guérir aux hospices de Beaune
Dans cette cité sans charme et sans intérêt
D’où il ressortira très frais et guilleret
Après avoir sifflé dix litres en bonbonne.
Merci pourra-t-il dire au bon chanoine Kir
Qui ne conférait à l’eau qu’un droit de lavage
Tandis qu’un blanc Pouilly-fuissé est un breuvage
Qui fait rire les clous dans le dos du fakir.
Date de publication inconnue
Jean-Michel Bollet est un poète contemporain dont l’amour pour les régions françaises se traduit en vers pleins de couleur et de saveur. Dans Dijon a son grain d’or, il célèbre la capitale bourguignonne avec une plume chaleureuse et gourmande. À travers son poème, il évoque les richesses de Dijon, son patrimoine historique, mais surtout ses trésors gastronomiques, du fameux grain de moutarde aux vins dorés qui font la renommée de la région. Son écriture, simple et imagée, fait ressentir toute la fierté et l’attachement qu’il porte à cette ville, entre traditions et savoir-faire. Bollet compose ainsi une ode à Dijon, une invitation à flâner dans ses ruelles, à humer ses parfums, et à savourer ses plaisirs. Son style, accessible et sincère, rappelle combien la poésie peut être un véritable voyage sensoriel.