À Rouen, rue Ancrière - Marceline Desbordes-Valmore

Je n’ai vu qu’un regard de cette belle morte

À travers le volet qui touche à votre porte,

Ma sœur, et sur la vitre où passa ce regard,

Ce fut l’adieu d’un ange obtenu par hasard.

 

Et dans la rue encore on dirait, quand je passe,

Que l’adieu reparaît à la claire surface.

 

Mais il est un miroir empreint plus tristement

De l’image fuyante et visible un moment :

Ce miroir, c’est mon âme où, portrait plein de larmes,

Revit la belle morte avec ses jeunes charmes.

 

Publié en  1860 dans le recueil Poésies inédites

Portrait de Marceline Desbordes-ValmoreMarceline Desbordes-Valmore, née à Douai en 1786, est une figure incontournable du romantisme français. Poétesse à la sensibilité à fleur de peau, elle a souvent puisé son inspiration dans son Nord natal, où la chaleur humaine et les souvenirs d’enfance imprègnent ses vers. Son poème À Rouen, rue Ancrière évoque avec tendresse la nostalgie d’un passé révolu et la douceur des liens tissés dans ces villes du Nord, où chaque rue semble garder l’empreinte des âmes qui l’ont traversée. Son écriture, profondément musicale, fait écho aux émotions universelles : l’amour, le manque, le temps qui passe. Si Lille n’est pas directement citée, son esprit flotte dans cette évocation des villes animées, des cœurs simples et généreux. Marceline, à travers sa poésie intime et vibrante, fait du Nord un refuge où l’on retrouve toujours un peu de chaleur, même au plus froid de l’hiver.

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