La Sainte Victoire - Émile Sicard
La route, le village, une aire,
Un cheval qui tourne, du blé,
Des meules, des pins étoilés,
Des vignes, l’odeur de la terre.
Dans l’extase du matin bleu
La paille fuit et le grain tombe.
Sous la chaleur le fruit succombe;
Tout le pays ressemble à Dieu.
Les lavandières descendues
Des Artaud vers les bords de l’Arc
Rient en passant. Voici le parc
Du Tholonet, les avenues,
Les platanes, la pièce d’eau,
Le souvenir de cent années,
La Castiglione étonnée,
L’ombre des fêtes, le château.
Quelle lumière sur la plaine!
Quels jeux d’amour dans les bosquets!
La gerbe se mêle au bouquet
Et le torrent à la fontaine.
Une église, un ancien couvent,
Un cabaret, une mairie,
Et cette épopée de la vie:
Sainte-Victoire dans le vent!
Date de publication inconnue
Émile Sicard (1873-1934) était un poète et écrivain français, profondément influencé par les paysages de Provence, en particulier la montagne Sainte-Victoire, qu’il a souvent évoquée dans ses poèmes. Dans La Sainte Victoire, Sicard capture l’essence de la terre provençale, entre la lumière dorée du matin, les champs de blé, les vignes, et la douce chaleur de l’été. Son style poétique est marqué par une immersion dans la nature, où chaque élément semble parler de la divinité et de la beauté intemporelle. Les images de la vie rurale, des lavandières et des jeux d’amour dans les bosquets, se mêlent aux souvenirs d’un passé révolu, créant une atmosphère de sérénité et de contemplation. La Sainte-Victoire, à la fois monument et symbole, devient dans son poème un témoin de l’éternité et de la fragilité de l’existence humaine.