Châteaux de Loire - Charles Péguy

Le long du coteau courbe et des nobles vallées

Les châteaux sont semés comme des reposoirs,

Et dans la majesté des matins et des soirs

La Loire et ses vassaux s’en vont par ces allées.

 

Cent vingt châteaux lui font une suite courtoise,

Plus nombreux, plus nerveux, plus fins que des palais.

Ils ont nom Valençay, Saint-Aignan et Langeais,

Chenonceau et Chambord, Azay, le Lude, Amboise.

 

Et moi j’en connais un dans les châteaux de Loire

Qui s’élève plus haut que le château de Blois,

Plus haut que la terrasse où les derniers Valois

Regardaient le soleil se coucher dans sa gloire.

 

La moulure est plus fine et l’arceau plus léger.

La dentelle de pierre est plus dure et plus grave.

La décence et l’honneur et la mort qui s’y grave

Ont inscrit leur histoire au coeur de ce verger.

 

Et c’est le souvenir qu’a laissé sur ces bords

Une enfant qui menait son cheval vers le fleuve.

Son âme était récente et sa cotte était neuve.

Innocente elle allait vers le plus grand des sorts.

 

Car celle qui venait du pays tourangeau,

C’était la même enfant qui quelques jours plus tard,

Gouvernant d’un seul mot le rustre et le soudard,

Descendait devers Meung ou montait vers Jargeau.

 

Date de publication inconnue

Portrait de Charles PéguyCharles Péguy, poète et écrivain habité par l’histoire et la foi, célèbre dans Châteaux de Loire la majesté du fleuve et de son patrimoine architectural. Son regard dépasse toutefois la simple contemplation des pierres pour y inscrire une mémoire plus grande, celle de Jeanne d’Arc, héroïne à la fois guerrière et mystique, dont il fait une figure centrale de son œuvre. À travers des vers solennels et rythmés, il mêle la beauté des châteaux à la grandeur d’une destinée, reliant le paysage ligérien aux échos du passé. Nantes, bien que non mentionnée, partage avec la Loire cette empreinte d’histoire et de grandeur que Péguy exalte dans son poème. Fidèle à son style, il insuffle à son évocation une ferveur patriotique et spirituelle, faisant du fleuve non seulement un témoin du temps, mais aussi le décor d’un récit plus vaste, où l’histoire et la poésie ne font plus qu’un.

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