Côte-d'Azur. - Nice - Henry Jean-Marie Levet
A Francis Jourdain.
L’Écosse s’est voilée de ses brumes classiques,
Nos plages et nos lacs sont abandonnés ;
Novembre, tribunal suprême des phtisiques,
M’exile sur les bords de la Méditerranée…
J’aurai un fauteuil roulant » plein d’odeurs légères «
Que poussera lentement un valet bien stylé :
Un soleil doux vernira mes heures dernières,
Cet hiver, sur la Promenade des Anglais…
Pendant que Jane, qui est maintenant la compagne
D’un sain et farouche éleveur de moutons,
Émaille de sa grâce une prairie australe
De plus de quarante milles carrés, me dit-on,
Et quand le sang pâle et froid de mon crépuscule
Aura terni le flot méditerranéen,
Là-bas, dans la Nouvelle-Galles du Sud,
L’aube d’un jour d’été l’éveillera… C’est bien !…
Date de publication inconnue
Henry Jean-Marie Levet, poète discret mais voyageur dans l’âme, a laissé une empreinte singulière dans la poésie française avec ses Cartes postales, où il capte l’essence des lieux qu’il traverse. Dans Côte-d’Azur – Nice, il esquisse une vision à la fois ironique et évocatrice de la ville, entre luxe et farniente, entre mondanités et paysages méditerranéens. Son style, proche de l’instantané, donne à ses vers une modernité surprenante, presque cinématographique. Nice devient sous sa plume un décor où se croisent villégiature élégante et douceur de vivre, où l’ombre des palmiers accompagne les pas des voyageurs en quête de soleil. Levet, souvent comparé aux poètes du symbolisme et du modernisme naissant, saisit avec subtilité l’atmosphère légère et cosmopolite de la Côte d’Azur. Peu prolifique, il n’en reste pas moins un auteur marquant, dont la poésie continue d’inspirer ceux qui aiment voir le monde à travers un prisme teinté d’ironie et de mélancolie.