Bretagne - José-Maria de Heredia
Pour que le sang joyeux dompte l’esprit morose,
Il faut, tout parfumé du sel des goëmons,
Que le souffle atlantique emplisse tes poumons ;
Arvor t’offre ses caps que la mer blanche arrose.
L’ajonc fleurit et la bruyère est déjà rose.
La terre des vieux clans, des nains et des démons,
Ami, te garde encor, sur le granit des monts,
L’homme immobile auprès de l’immuable chose.
Viens. Partout tu verras, par les landes d’Arèz,
Monter vers le ciel morne, infrangible cyprès,
Le menhir sous lequel gît la cendre du Brave ;
Et l’Océan, qui roule en un lit d’algues d’or
Is la voluptueuse et la grande Occismor,
Bercera ton cour triste à son murmure grave.$
Publié en 1893 dans son recueil Les Trophées.
José-Maria de Heredia, poète d’origine cubaine et membre du Parnasse, est reconnu pour son style classique et son amour des paysages et de l’histoire. Dans son poème Bretagne, il rend hommage à la terre bretonne, exaltant ses éléments sauvages et majestueux. Son écriture, précise et riche en images, décrit avec une grande intensité les côtes escarpées, les tempêtes, et les paysages battus par les vents, incarnant la Bretagne comme un lieu mythique et intemporel. Par son regard passionné, Heredia parvient à capturer l’essence de la Bretagne, à la fois rude et belle, un endroit où la nature se mêle à l’histoire et aux légendes. Dans ce poème, il fait écho à un sentiment d’éternité, à l’image d’une terre forgée par le temps et les éléments.