Ploërmel - Lucas
Non loin de Ploërmel, des paysans en deuil
Dans le champ du repos suivaient un blanc cercueil ;
Les grands bœufs qui portaient la morte au cimetière,
Semblaient sous la douleur ployer leur tête altière,
Et, pensifs, demander au funèbre vallon
Ce qui devait germer dans son triste sillon.
Dans leur expression naïve et solennelle,
Comme l’âne et le bœuf de la crèche éternelle,
Près de l’Enfant-Jésus; acteurs silencieux,
Avaient-ils donc l’instinct du mystère des cieux ?
Du soc de la charrue, autour d’eux, dans l’espace,
Ils cherchaient vainement à retrouver la trace ;
On eut dit qu’ils venaient de comprendre, en ce lieu,
Que la moisson est l’homme, et le laboureur, Dieu.
Date de publication inconnue dans le recueil Choix de poésies, p. 103.
Lucas, poète breton, explore dans ses œuvres l’intimité de la Bretagne et ses paysages empreints de mystère. Dans son poème Ploërmel, il évoque une scène poignante de deuil rural, où des paysans accompagnent un cercueil blanc, guidés par leurs bœufs. À travers cette image forte, il mêle les thèmes de la mort, de la foi et du travail agricole, symbolisant la quête humaine de sens et de compréhension divine. Les bœufs, comparés à l’âne et au bœuf de la crèche, incarnent l’innocence et l’humilité devant le mystère du divin. L’auteur, avec une grande sensibilité, tisse des liens entre le quotidien des paysans et les grands mystères de la foi chrétienne, rappelant que chaque travailleur, tout comme chaque croyant, participe à l’œuvre divine.