Soleil couchant - José Maria de Heredia
Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume.
Au loin, brillante encore par sa barre d’écume,
La mer sans fin, commence où la terre finit !
A mes pieds, c’est la nuit, le silence. Le nid
Se tait. L’homme est rentré sous le chaume qui fume ;
Seul l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l’Océan s’unit.
Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.
L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.
Publié en 1893 dans son recueil Les Trophées.
José-Maria de Heredia, poète d’origine cubaine, est un représentant majeur du mouvement parnassien, connu pour sa poésie raffinée et son sens du détail historique et naturel. Dans son poème Soleil couchant, il capture avec une grande précision l’atmosphère d’un coucher de soleil, mêlant la beauté de la nature à une réflexion profonde sur la vie et le passage du temps. L’auteur utilise des images puissantes pour illustrer la scène, créant une ambiance où la lumière se fait fragile et mélancolique. Heredia explore dans ce poème des thèmes universels comme l’éphémérité et l’immensité, tout en rendant hommage à la majesté et à la sérénité de la nature. Son œuvre se distingue par une écriture méticuleuse et une musicalité qui rendent ses poèmes aussi intemporels que l’atmosphère qu’il décrit.