Une petite fleur d’ajonc parlait - Anjela Duval
— Tu étais pressée de me cueillir, hein ?
Et tu t’es piquée le doigt à mes épines !
Un petit peu de rouge a coulé
Sur mon habit doré
Et tu t’es dit : voilà qui est bien !
Et tu m’as enfermée dans ta lettre…
Si tu avais fait un petit trou dans l’enveloppe
J’aurais pu voir pendant le voyage.
Les royaumes celtiques d’outre-mer
Et j’aurais salué
Le chardon d’Écosse
Avec ses bruyères roses
Le trèfle d’Irlande et mes sœurs jaunes
M’auraient répondu à coups de parfum
Que j’aurais emporté là-bas
Chez les Celtes en Exil
Au bout du Monde :
— En toi se mêlent tous les parfums de la Celtie
Ton cœur de miel doux dans l’âpreté des épines.
30 janvier 1971
Anjela Duval, née en 1905 en Bretagne, est une poète profondément attachée à sa terre natale, qu’elle évoque avec une sensibilité unique. Son œuvre, largement écrite en breton, rend hommage à la culture et aux traditions de la Bretagne, mais aussi à son identité celtique plus large. Dans des poèmes comme Une petite fleur d’ajonc parlait, Duval capture la beauté sauvage de la nature et la richesse des symboles bretons, tout en explorant des thèmes universels comme l’amour, la douleur et l’exil. À travers des métaphores florales et des récits emprunts de douceur, elle parle de la Bretagne comme d’un lieu où se mêlent passé et présent, et où la mémoire des ancêtres se transmet au fil des générations. Son écriture est un pont entre la Bretagne ancienne et moderne, marquée par un profond respect de ses racines et de sa langue.