Abri - Esther Granek
Dans les lignes de ta main
Pour me plaire j’y veux voir
Que rien ne nous sépare
Et qu’avons même destin.
Dans les lignes de ta main
Je découvre en cherchant
Les signes bienfaisants
De ce qui me convient.
Dans le creux de ta paume
Où ma main se blottit
Je retrouve mon abri
Doux et calme. Comme un baume.
Publié en 1978 dans le recueil Ballades et réflexions à ma façon
Esther Granek (1927-2016), poétesse belgo-israélienne francophone, incarne la résilience à travers une œuvre marquée par la quête de beauté et d’amour. Née à Bruxelles dans une famille juive, elle survécut à la Shoah en fuyant les déportations nazies, d’abord cachée en France, puis à Bruxelles sous une fausse identité chrétienne. Privée d’éducation formelle par les lois antisémites, elle devint autodidacte, cultivant un style libre et introspectif. Installée en Israël à partir de 1956, elle travailla 35 ans à l’ambassade de Belgique tout en publiant des recueils où se mêlent humour, nostalgie et méditations sur l’existence.
Son poème Abri (1978), extrait de Ballades et réflexions à ma façon, explore l’amour comme refuge. À travers l’image des lignes d’une main, Granek tisse une métaphore du destin partagé : « Dans le creux de ta paume / Où ma main se blottit / Je retrouve mon abri ». Ces vers, empreints de douceur et de vulnérabilité, transcendent l’instant pour saisir l’essence intemporelle de l’engagement amoureux. La simplicité du langage, contrastant avec la profondeur du sentiment, révèle son art de convertir l’intime en universel.
Marquée par la guerre mais refusant le pathos, son œuvre chante la vie avec une grâce têtue, faisant d’elle une voix unique dans la poésie francophone du XXᵉ siècle.