Air vif - Paul Eluard
J’ai regardé devant moi
Dans la foule je t’ai vue
Parmi les blés je t’ai vue
Sous un arbre je t’ai vue
Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l’eau et du feu
L’été l’hiver je t’ai vue
Dans ma maison je t’ai vue
Entre mes bras je t’ai vue
Dans mes rêves je t’ai vue
Je ne te quitterai plus.
Publié en 1962 dans le recueil Derniers poèmes d’amour.
Paul Éluard (1895-1952), figure majeure du surréalisme, a marqué la poésie française par ses chants d’amour intemporels, mêlant passion et engagement. Né Eugène Grindel à Saint-Denis, il adopte son pseudonyme en hommage à sa grand-mère maternelle. Hospitalisé pour tuberculose à 17 ans, il y rencontre Gala, sa première muse et épouse, dont la relation tumultueuse nourrit ses premiers recueils. Après leur séparation, Nusch, sa seconde épouse, devient l’inspiratrice de poèmes célébrant l’amour comme force vitale, jusqu’à sa mort brutale en 1946. Air vif, publié dans Derniers poèmes d’amour (1962), incarne cette quête éternelle : à travers des vers répétitifs (« je t’ai vue »), Éluard évoque une présence aimée omniprésente, traversant épreuves, saisons et rêves. Ce poème, structuré comme une litanie, reflète son lyrisme épuré où l’amour transcende même la mort. Engagé politiquement, il intègre pourtant une intimité universelle dans son œuvre, faisant de l’amour un acte de résistance poétique. Ses mots, comme « Je ne te quitterai plus », résonnent comme une promesse immuable, liant érotisme et éternité.