Amour, divin rôdeur - Marceline Desbordes-Valmore

Amour, divin rôdeur, glissant entre les âmes,

Sans te voir de mes yeux, je reconnais tes flammes.

Inquiets des lueurs qui brûlent dans les airs,

Tous les regards errants sont pleins de tes éclairs…

 

C’est lui ! Sauve qui peut ! Voici venir les larmes !…

Ce n’est pas tout d’aimer, l’amour porte des armes.

C’est le roi, c’est le maître, et, pour le désarmer,

Il faut plaire à l’Amour : ce n’est pas tout d’aimer !

 

Publié en 1860 dans le recueil Poésies inédites.

Portrait de Marceline Desbordes-ValmoreMarceline Desbordes-Valmore (1786-1859), née à Douai dans une famille ruinée par la Révolution, incarne la voix féminine du romantisme français à travers une œuvre où l’amour se mêle à la douleur. Après une jeunesse marquée par l’exil aux Antilles et la mort prématurée de sa mère, elle entame une carrière théâtrale avant de se consacrer à l’écriture sous l’impulsion de ses deuils répétés – ceux de ses enfants et de ses passions contrariées. Son poème Amour, divin rôdeur (1860) résume cette vision tragique de l’amour comme force insaisissable et destructrice : « Ce n’est pas tout d’aimer, l’amour porte des armes ». Ce texte posthume, publié dans Poésies inédites, révèle son art de métamorphoser la souffrance intime en vers universels, où la musicalité des rythmes épouse les tourments du cœur. Bien que contemporaine de Lamartine, elle développe un lyrisme original qui influencera Baudelaire et Verlaine, prouvant que les blessures de l’âme peuvent engendrer une poésie immortelle.

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