Chant de printemps - Henri Durand

Enfin le printemps nous donne

Sa couronne,

Et ses parfums précieux ;

Enfin parmi les prairies

Refleuries

S’égarent nos pas joyeux.

 

Vois à travers le feuillage

Du rivage,

Frémir le lac doux et pur !

Plus loin, vois, ô ma compagne !

La montagne

Briller dans les champs d’azur !

 

As-tu vu, de ta fenêtre

Disparaître

Du soir les riches couleurs ?

As-tu senti, sur la plaine.

Quelle haleine

Monte des lilas en fleurs ?

 

Le cœur, au printemps suave,

Sans entrave,

N’est-ce pas ? Peut s’élever.

Tout aspire ce mystère

Dont la terre

S’enveloppe pour rêver.

 

Mais, plus que cette nature

Grande et pure,

Plus que les teintes des cieux ;

Bien plus que l’azur de l’onde

Si profonde,

Et que les monts glorieux ;

 

Plus que l’haleine surprise

De la brise

Dans les longs plis du rideau,

J’aime entre les fleurs écloses

Et les roses,

Voir briller ton œil si beau :

 

Ô toi, mon amour suprême !

J’aime, j’aime

Ton souris plein de douceur,

Ton souris qui me fait vivre,

Qui m’enivre

Et met le ciel dans mon cœur.

 

Publié en 1858 dans le recueil Poésies complètes.

Né dans l’intimité discrète du romantisme français du XIXe siècle, Henri Durand (1825-1891) incarne une voix méconnue mais essentielle de la poésie amoureuse. Issu d’une famille bourgeoise lyonnaise, il troque rapidement des études juridiques contre des nuits à ciseler des vers où la nature et l’émotion s’entrelacent. Son Chant de printemps (1858), extrait des Poésies complètes, révèle une alchimie subtile entre effusion lyrique et rigueur classique, mêlant les frémissements de la renaissance saisonnière aux palpitations du cœur épris.

Durand puise son inspiration dans une sensibilité panthéiste : les paysages lacustres, les montagnes auréolées de lumière et les lilas en fleurs deviennent chez lui les métaphores d’un amour idéalisé. Ses tercets courts et chantants, marqués par des anaphores (« Enfin », « Vois », « J’aime »), créent une cadence hypnotique où le désir humain se confond avec le souffle du monde. Loin des excès passionnés d’un Hugo ou des tourments baudelairiens, il cultive une douceur élégiaque, transformant le sourire de l’aimée en « ciel » intérieur – fusion du terrestre et du sublime.

Oublié après sa mort, redécouvert dans les années 1970, Durand séduit aujourd’hui par ce lyrisme pudique où chaque printemps résonne comme une promesse d’éternité amoureuse.

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