Dans les bois - Gérard de Nerval
Au printemps l’oiseau naît et chante :
N’avez-vous pas ouï sa voix ?…
Elle est pure, simple et touchante,
La voix de l’oiseau – dans les bois !
L’été, l’oiseau cherche l’oiselle ;
Il aime – et n’aime qu’une fois !
Qu’il est doux, paisible et fidèle,
Le nid de l’oiseau – dans les bois !
Puis quand vient l’automne brumeuse,
il se tait… avant les temps froids.
Hélas ! qu’elle doit être heureuse
La mort de l’oiseau – dans les bois !
Publié en 1853 dans le recueil Odelettes.
Gérard de Nerval (1808-1855), de son vrai nom Gérard Labrunie, incarne la quintessence du romantisme français par sa poésie où l’amour se mêle à une mélancolie métaphysique. Figure tourmentée, marquée par la disparition précoce de sa mère et une passion impossible pour l’actrice Jenny Colon, il transforme ses blessures intimes en une quête artistique oscillant entre rêve et folie. Son poème Dans les bois, tiré des Odelettes, utilise la vie éphémère d’un oiseau comme métaphore de l’amour humain : la naissance printanière, l’ardeur estivale et le silence automnal évoquent la fugacité des sentiments et l’inéluctabilité de la mort. Ce texte, d’apparence simple, révèle une profondeur symbolique caractéristique de Nerval, où la nature devient un miroir des passions. Entre fidélité lyrique (« Il aime – et n’aime qu’une fois ! ») et acceptation tragique du destin (« Hélas ! qu’elle doit être heureuse / La mort de l’oiseau »), le poète transforme la souffrance en beauté intemporelle, laissant une œuvre où l’amour se sublime à travers les cycles éternels de la vie.