Éloge de l'amour - Jean de La Fontaine

Tout l’Univers obéit à l’Amour ;

Belle Psyché, soumettez-lui votre âme.

Les autres dieux à ce dieu font la cour,

Et leur pouvoir est moins doux que sa flamme.

Des jeunes coeurs c’est le suprême bien

Aimez, aimez ; tout le reste n’est rien.

 

Sans cet Amour, tant d’objets ravissants,

Lambris dorés, bois, jardins, et fontaines,

N’ont point d’appâts qui ne soient languissants,

Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines.

Des jeunes coeurs c’est le suprême bien

Aimez, aimez ; tout le reste n’est rien.

 

Publié en 1669 dans le recueil Les Amours de Psyché.

Portrait de Jean de la FontainePionnier des lettres françaises, Jean de La Fontaine (1621-1695) cultive son art entre malice animalière et gravité métaphysique. Si ses Fables ont inscrit son nom au panthéon littéraire, son recueil méconnu Les Amours de Psyché (1669) révèle un autre versant de son génie : une méditation lyrique sur la puissance universelle de l’amour. C’est dans ce cadre qu’il compose Éloge de l’amour, poème où le « dieu des jeunes cœurs » triomphe des lambris dorés et des plaisirs éphémères. À travers un dialogue entre Psyché et l’Amour, le poète transforme le mythe antique en manifeste existentiel – « Aimez, aimez ; tout le reste n’est rien » – où la passion devient sacrement bien plus puissant que les divinités olympiennes. Cette ode, tissée d’alexandrins élégants et de strophes dansantes, dépasse l’exercice de style pour toucher à l’universel : La Fontaine y décrypte les tourments du désir avec une acuité qui résonne encore aujourd’hui. Loin du moralisme de ses fables, il se fait ici chantre d’une vérité simple et intemporelle – l’amour comme seule réponse à la mélancolie du monde.

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