Facile est bien - Paul Eluard

Facile est beau sous tes paupières

Comme l’assemblée du plaisir

Danse et la suite

 

J’ai dit la fièvre

 

Le meilleur argument du feu

Que tu sois pâle et lumineuse

 

Mille attitudes profitables

Mille étreintes défaites

Répétées vont s’effaçant

Tu t’obscurcis tu te dévoiles

Un masque tu l’apprivoises

Il te ressemble vivement

Et tu n’en parais que mieux nue

 

Nue dans l’ombre et nue éblouie

Comme un ciel frissonnant d’éclairs

Tu te livres à toi-même

Pour te livrer aux autres.

 

Publié en 1935 dans le recueil Facile.

Photographie de Paul EluardPaul Éluard, né Eugène Grindel en 1895 à Saint-Denis, incarne la quintessence de la poésie amoureuse du XXe siècle, mariant lyrisme et surréalisme. Marqué par sa rencontre avec Gala, sa première muse rencontrée en sanatorium, puis par sa relation avec Nusch qu’il épouse en 1934, il transforme ses expériences intimes en une exploration universelle de l’amour. Le poème Facile est bien, extrait du recueil Facile (1935), cristallise cette alchimie entre érotisme et métaphysique : les vers « Nue dans l’ombre et nue éblouie / Comme un ciel frissonnant d’éclairs » transposent la nudité en une révélation cosmique, typique de son style où le désir se mue en illumination. Membre actif du mouvement surréaliste aux côtés de Breton et Aragon, Éluard dépasse les cadres traditionnels pour faire de l’amour un acte révolutionnaire, comme en témoignent aussi Capitale de la douleur (1926) ou Les Yeux fertiles (1936). Même engagé dans la Résistance, il préserve cette veine intime, prouvant que l’amour demeure, selon ses mots, « le meilleur argument du feu » contre l’obscurantisme.

Panier
Retour en haut