Hiéroglyphe - Charles Cros

J’ai trois fenêtres à ma chambre :

L’amour, la mer, la mort,

Sang vif, vert calme, violet.

 

Ô femme, doux et lourd trésor !

 

Froids vitraux, odeurs d’ambre.

La mer, la mort, l’amour,

Ne sentir que ce qui me plaît…

 

Femme, plus claire que le jour !

 

Par ce soir doré de septembre,

La mort, l’amour, la mer,

Me noyer dans l’oubli complet.

 

Femme! femme! cercueil de chair !

 

Publié à titre posthume en 1908 dans le recueil Le collier de griffes

Portrait de Charles CrosCharles Cros (1842-1888), ce touche-à-tout génial autant que méconnu, a marqué son époque en naviguant entre inventions scientifiques et fulgurances poétiques. Originaire de l’Aude, ce bohème parisien fréquentait Verlaine et Rimbaud dans les cafés littéraires, tout en rêvant de photographies en couleurs et de phonographes. Son poème Hiéroglyphe, publié vingt ans après sa mort dans Le Collier de griffes (1908), condense sa vision de l’amour à travers un triptyque obsédant : « l’amour, la mer, la mort ». Ces trois fenêtres symboliques, teintées de sang, de vert et de violet, tissent une métaphore sensuelle où la femme devient à la fois « trésor » et « cercueil de chair », mêlant désir et angoisse existentielle. Cros y déploie un lyrisme sombre typique des symbolistes, utilisant des répétitions circulaires comme un naufrage dans l’oubli. Si ses inventions lui valurent quelques lauriers éphémères, c’est dans ces vers posthumes, où l’ivresse amoureuse se confond avec la mort, que son génie littéraire trouve son plus troublant écho.

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