Il lui disait : Vois-tu.. - Victor Hugo
Il lui disait : « Vois-tu, si tous deux nous pouvions,
L’âme pleine de foi, le coeur plein de rayons,
Ivres de douce extase et de mélancolie,
Rompre les mille noeuds dont la ville nous lie ;
Si nous pouvions quitter ce Paris triste et fou,
Nous fuirions ; nous irions quelque part, n’importe où,
Chercher loin des vains bruits, loin des haines jalouses,
Un coin où nous aurions des arbres, des pelouses ;
Une maison petite avec des fleurs, un peu
De solitude, un peu de silence, un ciel bleu,
La chanson d’un oiseau qui sur le toit se pose,
De l’ombre ; — et quel besoin avons-nous d’autre chose ? »
Juillet 18…
Publié en 1856 dans le recueil Les contemplations
Victor Hugo, né en 1802 à Besançon et mort en 1885 à Paris, incarne le romantisme français autant par sa vie tumultueuse que par son œuvre protéiforme. Si ses romans comme Les Misérables ont marqué l’histoire littéraire, sa poésie explore avec autant de force les nuances de l’âme humaine, notamment à travers des poèmes d’amour où l’idéal se mêle au quotidien. « Il lui disait : Vois-tu… », extrait des Contemplations (1856), illustre cette quête d’un amour pur, libéré des contraintes sociales. Hugo y imagine un dialogue amoureux où deux êtres rêvent de fuir Paris pour une vie simple, bercée par la nature et le silence – une évasion poétique qui résonne autant avec ses propres liaisons (comme celle avec Juliette Drouet) qu’avec un désir universel d’harmonie. Ce texte, comme beaucoup d’autres dans ce recueil autobiographique, transcende l’anecdote personnelle pour toucher à l’intemporel : l’amour y devient un acte de résistance contre la modernité bruyante, une célébration de l’intimité face au chaos du monde. Publié douze ans après la mort de sa fille Léopoldine, le recueil navigue entre deuil et renaissance, montrant comment Hugo transforme la douleur en une poésie où l’amour, même teinté de mélancolie, reste un phare indéfectible.