La femme - Max Elskamp
Mais maintenant vient une femme,
Et lors voici qu’on va aimer,
Mais maintenant vient une femme
Et lors voici qu’on va pleurer,
Et puis qu’on va tout lui donner
De sa maison et de son âme,
Et puis qu’on va tout lui donner
Et lors après qu’on va pleurer
Car à présent vient une femme,
Avec ses lèvres pour aimer,
Car à présent vient une femme
Avec sa chair tout en beauté,
Et des robes pour la montrer
Sur des balcons, sur des terrasses,
Et des robes pour la montrer
A ceux qui vont, à ceux qui passent,
Car maintenant vient une femme
Suivant sa vie pour des baisers,
Car maintenant vient une femme,
Pour s’y complaire et s’en aller.
Publié en 1898 dans le recueil Huit chansons reverdies
Max Elskamp (1862-1931), poète belge emblématique de la mouvance symboliste, a marqué la fin du XIXᵉ siècle par une œuvre où spiritualité et quotidien se mêlent avec une sensibilité mélancolique. Issu d’une famille aisée d’Anvers, il cultiva dès sa jeunesse un rapport ambivalent au monde, partagé entre fascination pour le mysticisme catholique et attirance pour les ombres de l’existence. Son poème La femme, tiré du recueil Huit chansons reverdies (1898), incarne cette dualité à travers une vision de l’amour à la fois exaltante et désenchantée. Le texte, structuré en quatrains répétitifs, dépeint la rencontre amoureuse comme un cycle inévitable de don total et de désillusion. La femme y est présentée comme une force à la fois magnétique et évanescente, dont la beauté se déploie « sur des balcons, sur des terrasses » avant de s’éclipser, laissant le narrateur face à sa propre vulnérabilité.
Elskamp, souvent décrit comme un solitaire tourmenté, transpose ici son questionnement sur l’impossible permanence des émotions. Le rythme lancinant des vers – proche de la complainte populaire – révèle une musicalité typique de son style, où la simplicité formelle contraste avec la profondeur des thèmes abordés. Loin des effusions romantiques, La femme explore l’amour comme un acte à la fois libre et captif, où le désir se heurte à la conscience de l’éphémère. Cette tension, caractéristique de l’œuvre d’Elskamp, explique pourquoi ses poèmes résistent au temps : ils captent non pas l’ivresse de l’instant, mais la trace persistante de ce qui, ayant brûlé, ne peut que se consumer.