La première fois - Paul-Jean Toulet
– » Maman !… Je voudrais qu’on en meure. «
Fit-elle à pleine voix.
– » C’est que c’est la première fois,
Madame, et la meilleure. «
Mais elle, d’un coude ingénu
Remontant sa bretelle,
– » Non, ce fut en rêve « , dit-elle.
» Ah ! que vous étiez nu… «
Publié en 1921 dans le recueil Contrerimes
Paul-Jean Toulet (1867-1920), poète béarnais à l’esprit mordant et à la plume raffinée, a marqué la littérature française par son art de la concision et son exploration des nuances amoureuses. Figure de la Belle Époque, il invente les contrerimes – des quatrains aux vers alternés (8-6-8-6) et aux rimes croisées (ABBA) – où se mêlent tendresse, ironie et mélancolie. La première fois, extrait de son recueil posthume Les Contrerimes (1921), incarne cette alchimie : un dialogue espiègle entre une jeune fille ingénue et sa mère, oscillant entre pudeur (« Non, ce fut en rêve ») et audace érotique (« Ah ! que vous étiez nu… »). Ce jeu de tension entre innocence et désir, typique de Toulet, transcende les époques en capturant l’universalité des premiers émois. Dandy opiumien aux amours tumultueuses, il transforme sa propre quête de sensualité en poésie minimaliste, où chaque mot sonne comme un soupir ou un sourire. Ses vers, comparés à ceux de Verlaine par leur musicalité, continuent de charmer par leur grâce vénéneuse et leur art de saisir l’éphémère.