La terre est bleue - Paul Eluard

La terre est bleue comme une orange

Jamais une erreur les mots ne mentent pas

Ils ne vous donnent plus à chanter

Au tour des baisers de s’entendre

Les fous et les amours

Elle sa bouche d’alliance

Tous les secrets tous les sourires

Et quels vêtements d’indulgence

À la croire toute nue.

 

Les guêpes fleurissent vert

L’aube se passe autour du cou

Un collier de fenêtres

Des ailes couvrent les feuilles

Tu as toutes les joies solaires

Tout le soleil sur la terre

Sur les chemins de ta beauté.

 

Publié en 1929 dans le recueil L’amour la poésie

Photographie de Paul EluardPaul Éluard, de son vrai nom Eugène Grindel, naît en 1895 à Saint-Denis et s’impose comme l’une des voix majeures de l’amour en poésie au XXe siècle. Membre actif du mouvement surréaliste aux côtés d’André Breton et Louis Aragon, il transforme le sentiment amoureux en paysage onirique où « la terre est bleue comme une orange », image devenue emblématique de son recueil L’amour la poésie (1929). Ses vers, tissés de métaphores insolites (« les guêpes fleurissent vert », « un collier de fenêtres »), transforment l’érotisme en quête métaphysique. L’écriture d’Éluard, marquée par ses passions tumultueuses (notamment pour Gala, muse puis épouse de Dalí), explore l’alchimie entre désir charnel et union spirituelle : « Elle sa bouche d’alliance/Tous les secrets tous les sourires ». Par son refus du lyrisme traditionnel au profit d’une sensualité abstraite (« Au tour des baisers de s’entendre »), il offre une grammaire amoureuse intemporelle où chaque lecteur retrouve « tout le soleil sur la terre/Sur les chemins de ta beauté ». Mort en 1952, il laisse une œuvre où l’amour se révèle à la fois révolution poétique et manifeste existentiel.

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