L'amour caché - Félix Arvers

Sonnet.



Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,

Un amour éternel en un moment conçu :

Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,

Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

 

Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,

Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.

Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,

N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

 

Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,

Elle suit son chemin, distraite et sans entendre

Ce murmure d’amour élevé sur ses pas.

 

À l’austère devoir, pieusement fidèle,

Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle

 » Quelle est donc cette femme ?  » et ne comprendra pas.

 

Publié en 1833 dans le recueil Mes heures perdues.

Portrait de Félix ArversFélix Arvers (1806-1850), souvent surnommé « le poète d’un seul sonnet », a marqué l’histoire littéraire avec L’amour caché, pièce maîtresse publiée en 1833 dans Mes heures perdues. Ce Parisien, fils d’un marchand de vin, abandonna une carrière de clerc de notaire pour écrire des comédies légères et fréquenter le célèbre salon romantique de l’Arsenal, croisant Hugo ou Musset. Mais c’est dans l’intimité d’un album de Marie Nodier – fille de son mentor – qu’il griffonna son chef-d’œuvre : un sonnet en alexandrins dépeignant l’amour silencieux d’un homme pour une femme mariée, « pieusement fidèle » à son devoir. La légende veut que ces vers, nés d’une passion non avouée, aient été composés pour elle, bien que l’identité de la muse reste mystérieuse. Porté par une mélancolie romantique et un lyrisme pudique, ce texte explore la fatalité d’un sentiment éternel mais contrarié, où le poète se consume en secret (« N’osant rien demander et n’ayant rien reçu »). Si ses pièces de théâtre sombrèrent dans l’oubli, ce sonnet survécut, maintes fois récité, parodié, ou même mis en musique par Gainsbourg, devenant l’archétype de l’aveu amoureux impossible.

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