Le serment - Marceline Desbordes-Valmore

Idole de ma vie,

Mon tourment, mon plaisir,

Dis-moi si ton envie

S’accorde à mon désir ?

Comme je t’aime en mes beaux jours,

Je veux t’aimer toujours.

 

Donne-moi l’espérance ;

Je te l’offre en retour.

Apprends-moi la constance ;

Je t’apprendrai l’amour.

Comme je t’aime en mes beaux jours,

Je veux t’aimer toujours.

 

Sois d’un cœur qui t’adore

L’unique souvenir ;

Je te promets encore

Ce que j’ai d’avenir.

Comme je t’aime en mes beaux jours,

Je veux t’aimer toujours.

 

Vers ton âme attirée

Par le plus doux transport,

Sur ta bouche adorée

Laisse-moi dire encor :

Comme je t’aime en mes beaux jours,

Je veux t’aimer toujours.



Publié en 1830 dans le recueil Romances.

Portrait de Marceline Desbordes-ValmoreMarceline Desbordes-Valmore (1786-1859) , figure majeure du romantisme français, a ciselé dans l’ombre des tumultes personnels une poésie amoureuse d’une rare intensité. Née à Douai dans un milieu modeste, elle traverse les épreuves – deuil précoce du père, carrière théâtrale contrariée, liaisons passionnées et douloureuses – avec une sensibilité à vif qui irrigue ses vers. Son poème Le serment (1830), extrait du recueil Romances, incarne cette alchimie entre blessure et espérance. À travers un dialogue amoureux tissé de suppliques et de promesses, elle érige la constance en vertu suprême (« Comme je t’aime en mes beaux jours, / Je veux t’aimer toujours »), mêlant tendresse et lucidité. Loin des clichés romantiques, son lyrisme pudique – nourri de simplicité formelle et de répétitions incantatoires – transcende l’anecdote biographique pour toucher à l’universel. Précurseure méconnue, elle influence Baudelaire et Verlaine, qui salueront sa capacité à « dire l’indicible » du cœur.

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