Le vent d’autrefois - Jules Delavigne
Il est minuit et demi
Le vinyle tourne
Toujours
Ce vent d’autrefois
Café, et encore du café
Ses yeux diamants
Inconscients
Ne se cachent jamais
L’encre des idées
A peine séchée
Et tout est repris
Tout est réécrit à nouveau
Le rythme de la basse
Coule à travers son corps
Comme du chocolat fondant
Dans la bouche veloutée
De celle qu’il aime
Publié en 2006
Né dans le sillage des bouleversements culturels de la fin du XXe siècle, Jules Delavigne s’impose dès les années 2000 comme une voix singulière de la poésie francophone contemporaine. Spécialiste des métaphores sensorielles, il explore l’amour comme un territoire intemporel où se mêlent nostalgie et érotisme, notamment dans son recueil Le vent d’autrefois (2006). Ce poète-musicien, souvent comparé à un « alchimiste des émotions », puise son inspiration dans les rituels nocturnes – café répété, vinyle obsédant – pour tisser des correspondances entre rythmes corporels et paysages intérieurs.
Sa pièce maîtresse Il est minuit et demi déploie un langage synesthésique où la basse devient « chocolat fondant » et le regard aimanté se transforme en pierres précieuses. Delavigne y réinvente le lyrisme traditionnel par des reprises obsessionnelles du motif du vent, symbole des passions qui résistent à l’effacement du temps. Archiviste du désir, il capture l’instant où l’encre des premières émotions n’a pas encore séché, créant une œuvre qui dialogue autant avec Ronsard qu’avec le slam contemporain.
Cette fusion des registres – brûlure existentielle et jeu formel sur la réécriture permanente – explique l’aura durable du poète. Mort prématurément en 2018, Delavigne laisse une bibliothèque vivante de sensations où chaque génération retrouve le tremblement de ses propres rencontres amoureuses.