Mignonne, allons voir si la rose - Pierre de Ronsard

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avoit desclose

Sa robe de pourpre au Soleil,

A point perdu ceste vesprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vostre pareil.

 

Las ! voyez comme en peu d’espace,

Mignonne, elle a dessus la place

Las ! las ses beautez laissé cheoir !

Ô vrayment marastre Nature,

Puis qu’une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

 

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que vostre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez vostre jeunesse :

Comme à ceste fleur la vieillesse

Fera ternir vostre beauté.

 

Publié en 1550 dans le recueil Les Odes

Portrait de Pierre de RonsardPierre de Ronsard (1524–1585), figure majeure de la Renaissance française et chef de file de la Pléiade, a marqué la littérature par ses poèmes d’amour au lyrisme intemporel. Issu d’une famille noble, il abandonne une carrière diplomatique pour se consacrer à la poésie après une surdité précoce, développant une œuvre où se mêlent influences antiques et innovations formelles. Son ode Mignonne, allons voir si la rose (publiée dans Les Odes en 1550) incarne parfaitement le thème du carpe diem : adressée à Cassandre Salviati, jeune femme croisée à la cour, il compare la beauté éphémère de la rose à celle de la jeunesse, exhortant sa muse à « cueillir » l’instant présent avant que le temps n’efface tout. Par des métaphores naturalistes – la rose déclose « au Soleil » perdant ses « plis pourprés » en une journée –, Ronsard fusionne érotisme et mélancolie, créant un dialogue entre désir et mortalité. Ce poème, maintes fois mis en musique dès le XVIe siècle, reste un symbole de la poésie amoureuse, alliant grâce Renaissance et universalité du sentiment.

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