Nous n’irons plus au bois - Théodore de Banville

Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés.

Les Amours des bassins, les Naïades en groupe

Voient reluire au soleil en cristaux découpés

Les flots silencieux qui coulaient de leur coupe.

Les lauriers sont coupés, et le cerf aux abois

Tressaille au son du cor ; nous n’irons plus au bois,

Où des enfants charmants riait la folle troupe

Sous les regards des lys aux pleurs du ciel trempés,

Voici l’herbe qu’on fauche et les lauriers qu’on coupe.

Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés.

 

Novembre 1845.

 

Publié en 1846 dans le recueil Les Stalactites.

Portrait de Théodore de BanvilleThéodore de Banville, figure majeure du Parnasse français né en 1823, incarne l’art poétique comme culte de la beauté formelle. Son poème Nous n’irons plus au bois, publié en 1846 dans Les Stalactites, révèle sa maîtrise précoce des thèmes amoureux à travers un lyrisme teinté de mélancolie. Le vers répété « les lauriers sont coupés » devient le leitmotiv d’une romance blessée, où les images de forêts interdites et de nymphes cristallines (les Naïades « en groupe » sous le soleil) tissent une allégorie des amours éphémères. Banville y fusionne mythologie gréco-romaine et émotion intime, transformant le deuil d’une idylle passée en chant universel. Ce texte, écrit à 22 ans, préfigure son rôle de passeur entre romantisme et symbolisme : les « lys aux pleurs du ciel trempés » et le cerf traqué évoquent autant la tradition bucolique que l’angoisse moderne. Par son balancement entre volupté et désenchantement, ce poème confirme Banville comme architecte d’une passion intemporelle, où chaque strophe devient un « bassin » miroitant l’éternel dialogue entre désir et perte.

Panier
Retour en haut