Oh ! Quand la Mort - Théodore de Banville
Oh ! quand la Mort, que rien ne saurait apaiser,
Nous prendra tous les deux dans un dernier baiser
Et jettera sur nous le manteau de ses ailes,
Puissions-nous reposer sous deux pierres jumelles !
Puissent les fleurs de rose aux parfums embaumés
Sortir de nos deux corps qui se sont tant aimés,
Et nos âmes fleurir ensemble, et sur nos tombes
Se becqueter longtemps d’amoureuses colombes !
Avril 1845.
Publié en 1846 dans le recueil Les Stalactites
Théodore de Banville (1823-1891), né à Moulins et mort à Paris, incarne l’élégance formelle de la poésie française du XIXᵉ siècle. Figure majeure du Parnasse, il défendait une esthétique rigoureuse où la perfection technique servait l’expression des émotions, s’opposant aux effusions romantiques sans renoncer à la sensibilité. Proche de Victor Hugo et de Baudelaire, surnommé « le poète du bonheur », il a pourtant exploré avec profondeur les thèmes universels de l’amour et de la mort, comme en témoigne son poème Oh ! Quand la Mort issu des Stalactites (1846). Ce texte, où deux amants unis dans un « dernier baiser » imaginent leur sépulture fleurie et leurs âmes transformées en colombes, transcende le tragique par une vision sereine de l’éternité amoureuse. Banville y mêle l’intimité du sentiment aux symboles classiques (roses, pierres tombales jumelles), créant un dialogue entre passion humaine et métamorphose poétique. Si certains critiques lui reprochèrent une froideur technique, son influence sur Rimbaud ou Mallarmé révèle une modernité cachée derrière les apparences du formalisme.