Surgis - Paul Eluard

Surgis d’une seule eau

Comme une jeune fille seule

Au milieu de ses robes nues

Comme une jeune fille nue

Au milieu des mains qui la prient

Je te salue

 

Je brûle d’une flamme nue

Je brûle de ce qu’elle éclaire

Surgis ma jeune revenante

Dans tes bras une île inconnue

Prendra la forme de ton corps

Ma souriante

 

Une île et la mer diminue

L’espace n’aurait qu’un frisson

Pour nous deux un seul horizon

Crois-moi surgis cerne ma vue

Donne la vie à tous mes rêves

Ouvre les yeux.

 

Publié en 1947 dans les Cahiers de l’Art.

Photographie de Paul EluardPaul Éluard, de son vrai nom Eugène Grindel, naît en 1895 à Saint-Denis et incarne l’un des piliers du surréalisme français aux côtés d’André Breton. Hospitalisé pour tuberculose à 17 ans, il y rencontre Gala, sa première muse et épouse, dont l’influence marque durablement son approche de l’amour comme force poétique et révolutionnaire. Après leur séparation – Gala le quitte pour Salvador Dalí en 1929 –, il trouve en Nusch, sa seconde épouse, une nouvelle source d’inspiration, fusionnant érotisme et métaphores oniriques dans des recueils comme Capitale de la douleur (1926). Son poème Surgis (1947), extrait des Cahiers de l’Art, cristallise cette alchimie entre désir charnel et mystique : l’évocation d’une femme « surgie d’une seule eau », à la fois « jeune fille nue » et « île inconnue », transcende la réalité pour peindre l’amour comme un territoire à conquérir, où le corps aimé façonne l’horizon. Engagé dans la Résistance, Éluard n’en délaisse jamais cette quête d’absolu amoureux, mêlant dans son œuvre révolte politique et lyrisme intime, jusqu’à sa mort en 1952.

Panier
Retour en haut