T'aimer est le bonheur suprême - Évariste de Parny

Oui, j’en atteste la nuit sombre

Confidente de nos plaisirs,

Et qui verra toujours son ombre

Disparaître avant mes désirs ;

J’atteste l’étoile amoureuse

Qui pour voler au rendez-vous

Me prête sa clarté douteuse ;

Je prends à témoin ce verrou

Qui souvent réveilla ta mère,

Et cette parure étrangère

Qui trompe les regards jaloux ;

Enfin, j’en jure par toi-même,

Je veux dire par tous mes Dieux,

T’aimer est le bonheur suprême,

Il n’en est point d’autre à mes yeux.

Viens donc, ô ma belle maîtresse,

Perdre tes soupçons dans mes bras.

Viens t’assurer de ma tendresse,

Et du pouvoir de tes appas.

Cherchons des voluptés nouvelles ;

Inventons de plus doux désirs ;

L’amour cachera sous ses ailes

Notre fureur et nos plaisirs.

Aimons, ma chère Éléonore :

Aimons au moment du réveil ;

Aimons au lever de l’aurore ;

Aimons au coucher du soleil ;

Durant la nuit aimons encore.

 

Publié en 1778 dans le recueil Poésies érotiques.

Portrait d'Évariste de ParnyÉvariste de Parny, né Évariste Desiré de Forges en 1753 à l’Île Bourbon (actuelle Réunion), émergea comme une figure majeure de la poésie érotique française du XVIIIᵉ siècle. Son recueil Poésies érotiques (1778) captura l’essence des passions amoureuses avec une liberté sensuelle qui défiait les conventions académiques de l’époque. Parmi ses poèmes, T’aimer est le bonheur suprême incarne son lyrisme intemporel, mêlant tendresse et désir brûlant :

« Aimons au lever de l’aurore ; / Aimons au coucher du soleil ; / Durant la nuit aimons encore ». Ces vers, adressés à Éléonore (inspirée de sa passion contrariée pour Esther Lelièvre), immortalisent l’amour comme un éternel élan vital.

Parny, surnommé le « Tibulle français », alliait fantaisie et profondeur émotionnelle, influençant des auteurs comme Chateaubriand et Pouchkine, qui le considéraient comme un maître. Bien que sa carrière inclut des œuvres politiques (La Guerre des Dieux) et des essais en prose poétique (Chansons Madécasses), ses élégies restent des hymnes à l’amour universel, où chaque strophe chante l’urgence des plaisirs partagés.

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