Tu crois au marc de café - Paul Verlaine
Tu crois au marc de café,
Aux présages, aux grands jeux :
Moi je ne crois qu’en tes grands yeux.
Tu crois aux contes de fées,
Aux jours néfastes, aux songes.
Moi je ne crois qu’en tes mensonges.
Tu crois en un vague Dieu,
En quelque saint spécial,
En tel Ave contre tel mal.
Je ne crois qu’aux heures bleues
Et roses que tu m’épanches
Dans la volupté des nuits blanches !
Et si profonde est ma foi
Envers tout ce que je crois
Que je ne vis plus que pour toi.
Publié en 1891 dans le recueil Chansons pour elle.
Paul Verlaine (1844-1896), ce poète français emblématique du symbolisme, a traversé sa vie comme un ouragan, mêlant génie littéraire et chaos personnel. Né à Metz dans une famille militaire, il a jeté son dévolu sur l’écriture dès l’adolescence, publiant son premier recueil à 22 ans. Sa rencontre tumultueuse avec Arthur Rimbaud l’a propulsé dans une vie errante et alcoolisée, ponctuée d’une condamnation à deux ans de prison pour une agression à l’arme à feu. Malgré son déclin physique et moral, Verlaine a laissé une œuvre poétique intemporelle, où l’amour devient une quête spirituelle. Son poème Tu crois au marc de café (1891), issu du recueil Chansons pour elle, incarne cette tension entre scepticisme romantique et adoration absolue. Ironisant sur les superstitions (« Tu crois aux contes de fées / […] Moi je ne crois qu’en tes mensonges »), il célèbre l’absolu des instants partagés (« Je ne crois qu’aux heures bleues / Et roses que tu m’épanches »), capturant l’essence d’une passion qui transcende les épreuves du temps. Verlaine, malgré sa réputation de « poète maudit », reste une référence éternelle pour les amoureux de la langue et du cœur.