Une femme est l’amour - Gérard de Nerval
Une femme est l’amour, la gloire et l’espérance ;
Aux enfants qu’elle guide, à l’homme consolé,
Elle élève le coeur et calme la souffrance,
Comme un esprit des cieux sur la terre exilé.
Courbé par le travail ou par la destinée,
L’homme à sa voix s’élève et son front s’éclaircit ;
Toujours impatient dans sa course bornée,
Un sourire le dompte et son coeur s’adoucit.
Dans ce siècle de fer la gloire est incertaine :
Bien longtemps à l’attendre il faut se résigner.
Mais qui n’aimerait pas, dans sa grâce sereine,
La beauté qui la donne ou qui la fait gagner ?
Publié au XIXème siècle dans le recueil Poèmes divers.
Gérard de Nerval, de son vrai nom Gérard Labrunie (1808-1855), incarne la quintessence du poète romantique français, tiraillé entre l’idéalisation amoureuse et les tourments existentiels. Figure majeure du XIXème siècle, il forgea une œuvre où l’amour se mue en quête mystique, comme en témoigne son poème Une femme est l’amour, extrait des Poèmes divers. À travers ces vers, Nerval transcende l’éros charnel pour célébrer l’aimée comme une force salvatrice : « Elle élève le cœur et calme la souffrance, / Comme un esprit des cieux sur la terre exilé ». Cette allégorie féminine, à la fois muse et guide spirituel, reflète sa vision d’un amour rédempteur capable de transfigurer la réalité brutale – une réponse poétique aux désillusions d’un « siècle de fer » marqué par les révolutions industrielles.
Hanté par le visage disparu de sa mère et des amours inaccessibles, l’auteur des Chimères puise dans ses propres errances émotionnelles (dont ses célèbres crises de folie) pour ciseler une poésie où l’intime épouse l’universel. Son style, à la fois classique par sa forme et visionnaire par son imagerie, fait de chaque strophe un pont entre le romantisme flamboyant et le symbolisme naissant. Près de deux siècles plus tard, ces vers continuent de résonner par leur capacité à élever le désir humain en une odyssée métaphysique, prouvant que la langue des sentiments défie l’usure du temps.