Voyage du silence - Paul Eluard

Voyage du silence

De mes mains à tes yeux

 

Et dans tes cheveux

Où des filles d’osier

S’adossent au soleil

Remuent les lèvres

Et laissent l’ombre à quatre feuilles

Gagner leur cœur chaud de sommeil.

 

Publié en 1929 dans le recueil L’amour la poésie

Photographie de Paul EluardPaul Éluard, de son vrai nom Eugène Grindel (1895-1952), incarne la poésie amoureuse portée par les tourments de l’existence et les secousses de l’Histoire. Hospitalisé pour tuberculose à 17 ans, il y rencontre Gala, sa première muse et épouse, dont la chevelure inspirera plus tard Voyage du silence – poème où des « filles d’osier » dansent dans les boucles solaires d’une bien-aimée. Membre actif du surréalisme aux côtés d’André Breton, il transforme les ruptures amoureuses (comme le départ de Gala pour Dalí en 1929) en laboratoire poétique. L’amour la poésie, recueil publié cette année-là, cristallise sa vision : l’érotisme s’y mêle au langage révolutionnaire, comme dans ces vers où le silence devient un dialogue charnel (« De mes mains à tes yeux »). Même engagé dans la Résistance ou le communisme, Éluard garde l’amour pour boussole, associant l’intime à l’universel. Son écriture onirique, tissée de métaphores organiques (l’ombre à quatre feuilles évoquant autant le trèfle que les lèvres), transcende les époques en faisant de chaque corps aimé un territoire infini à explorer.

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